|
LA SOLITUDE
Le journaliste : Pouvez-vous, en quelques mots, nous définir votre vie d’artiste peintre ?
Le peintre : Je pense à un mot qui résume bien ma vie. Un mot aux définitions multiples selon les états d’âme, les humeurs, les points de vue.
Le journaliste : Lequel ?
Le peintre : La solitude.
Le journaliste : Je suppose que vous avez déjà réfléchi à sa création ?
Le peintre : Oui ! J’imagine un tableau à la fois minimaliste et prenant. Minimaliste par le graphisme et prenant par sa présence, en comblant la solitude d’un mur dans une pièce réservée à son accrochage solitaire, un peu comme une ile déserte au milieu de l’océan, égaré et pourtant à sa place.
Le journaliste : A quoi ressemblera ce tableau ?
Le peintre : Une ligne traversera le tableau dans sa hauteur comme le symbole de la solitude qui accompagne ma vie ; Solitude des amours sans lendemain, des amitiés emportées par la faucheuse, des sanglots étouffés, des dimanches pluvieux. Bref le côté sombre de la solitude. A côté un carré symbolisera le côté positif de la solitude, celle des pensées nécessaires à la réflexion, celle des rêves indispensables à la création, celle des libertés sans contraintes.
Le journaliste : Comme d’habitude vous emploierez les couleurs primaires !
Le peintre : Pas cette fois ci. J’utiliserai une seule couleur, le noir, sur fond blanc.
Le journaliste : Un seul exemplaire alors ?
Le peintre : Non ! Je peindrai la solitude en deux exemplaires comme ces couples que le temps a usé et qui vivent encore ensemble mais tellement seul.
Le journaliste : Un tableau pessimiste !
Le peintre : Bien au contraire car si il est unique pour l’acquéreur il existera son frère jumeau chez un autre amateur d’art ce qui fait que ces deux exemplaires viendront briser la solitude du tableau unique et là je trouve que c’est un sacré pied de nez à la solitude.
Le journaliste : Deux amateurs d’art vont partager votre solitude, vous-même vous sentirez-vous moins seul ?
Le peintre : Ce que je peux répondre avec certitude c’est que ce partage suffira à mon bonheur.
Le journaliste : Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne solitude.
Le peintre : Merci à vous.
Si cet entretien est fictif et la vie du peintre tout droit sortie de mon imagination toute ressemblance avec un tableau n’est pas fortuite.
|